...Oggi
in Terra Santa
11.08.08
- La promenade de Sainte Claire
La
fête de la Sainte Claire célébrée au couvent
des clarisses de Jérusalem nous avait permis d'expérimenter
la paix profonde de ceux qui vivent avec Dieu. En soirée, le
doyen de la faculté des sciences bibliques et archéologiques
voulait respirer l'air frais de Jérusalem en faisant le tour
des remparts de la vieille ville. Accompagné d'un professeur
du même institut il continua sa méditation tout en faisant
la promenade digestive. Post cenam mille passus, affirment les sages
de l'école de Salerne. La promenade touchait à sa fin
et nos deux compères approchaient de la porte de St Etienne
en passant dans le cimetière arabe.
Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils virent deux soldats israéliens
courir vers eux, brandissant une torche électrique qu'ils fixèrent
bientôt dans leurs yeux.
-Stop. Où est la caméra qui vous a permis de filmer
le mur occidental ? Par où avez-vous sauté le mur ?
-Vous vous trompez, messieurs. Nous ne sommes pas passé devant
le mur occidental, nous avons fait le tour des remparts.
-Asseyez-vous là. Je prends contact avec mon capitaine.
Du bout du fil nous entendions la discussion : Comment sont-ils habillés
?
-Des pantalons beiges, des chemises et l'un porte une casquette noire.
-Amenez-les moi à la voiture près de la porte des lions.
Nous avions beau leur expliquer que nous étions des franciscains
qui habitaient tout près de là au couvent de la Flagellation,
en face du tunnel asmonéen, gardé jour et nuit par l'armée
israélienne. Rien n'y fit. Bo'ou, tel fut l'ordre répété.
A la porte St-Etienne une fourgonnette de la police attendait.
Le capitaine, la tête rasée, nous donna l'ordre de rentrer
et nous interrogea.
-Nous sommes des franciscains du couvent de la Flagellation. Nous
n'avons pas de caméras et nous ne venons pas du mur occidental.
Rien n'y fit. Le capitaine donna l'ordre à un soldat d'entrer
dans la fourgonnette, ferma la porte de la fourgonette et en toute
vitesse prit la direction de la vallée du Cédron, tourna
à gauche et nous amena devant le mur occidental à l'endroit
où les autorités archéologiques font des fouilles.
Là un soldat armé nous attendait. Il nous regarda longuement
et dit au capitaine: Non, c'est pas eux.
-Alors on peut rentrer ?
-Non, venez avec moi. Bo'ou.
Le capitaine - son nom était Ophir - nous obligea à
l'accompagner à pied au commissariat central de la vieille
ville près du mur occidental. Il avait déjà communiqué
à ses supérieurs qu'il arrivait avec les deux suspects.
Mais il n'y croyait pas trop, parce que l'un avait soixante dix ans
et l'autre soixante cinq, disait-il.
Arrivé au commissariat, il nous obligea à nous asseoir.
A côté de nous un photographe qui avait été
interpellé attendait et nous lançait un regard interrogatoire.
Le capitaine se mit à interroger le photographe.
Le doyen de la faculté commençait à s'impatienter
et trouvait que la plaisanterie de mauvais goût avait assez
duré. Le capitaine qui l'avait remarqué fit appeler
un autre responsable, un gaillard chauve de deux mètres de
haut qui pensait nous impressionner par sa taille. Il nous jeta un
regard moqueur et nous demanda :
-Où sont vos passeports ?
-Au couvent, à deux pas d'ici.
-Israël est un pays où le droit règne.
-Quel droit, osa demander l'un des suspects. Quelle preuve avez-vous
des accusations que vous portez contre nous? Nous ne faisions rien
d'autre que de nous promenez. Vous aurez des nouvelles de nos consuls
demain.
Immédiatement le capitaine changea de ton: Donnez-nous vos
noms et cela nous suffit. Il sortit un formulaire et demanda :
-Nom
-Giovanni Bottini.
Le responsable qui était venu au secours du capitaine se mit
à plaisanter : Giovanni, c'est un nom italien.
-Domicile ?
-Couvent de la Flagellation.
Et vous, votre nom? Frédéric Manns.
Visiblement énervé, le capitaine écrivit en prononçant
à voix haute: Frédéric Mandes.
-Vous pouvez allez maintenant, dit le capitaine.
La secrétaire assise à l'entrée du commissariat
rougissait de honte.
-Allez-vous en, martela le capitaine.
"Sans même une demande d'excuse", répéta
deux fois le doyen de la faculté.
-Non, aucune demande d'excuse. L'autorité a toujours raison
et sait ce qu'elle fait. Bitahon, tel est le refrain qui justifie
tout.
En passant par les venelles de la vieille ville nos deux franciscains
qui croyaient que Jérusalem était la ville de la paix
demandaient à Ste Claire de croire que malgré tout que
la paix serait possible un jour. Mais tant que la peur paralyse les
habitants de la ville, la paix se fera attendre.
Frédéric
Manns & Giovanni Bottini